Mon « frère » d’un autre monde

Alors que cela fait une semaine jour pour jour que je reposais le pied dans l’hexagone, je ne peux m’empêcher d’avouer que j’ai encore la tête là-bas. C’est une expérience qui marque sans nul doute, qui fait réfléchir. Ça ne remet pas tout en question, n’exagérons pas, mais la trace restera indélébile à n’en pas douter. Je me rends compte que ce sont les hommes qui m’ont marqué le plus. 45 ans d’espérance de vie, beaucoup de ceux que nous avons rencontré avaient perdu un membre de la famille pendant que nous étions là-bas, un enfant, un « tonton » (appellation valable pour tout membre incluant le neveu, oncle, tante, ou membre de famille plus ou moins éloigné), un « frère » (même si la notion de « frère » est des plus relatives en fait), en somme des choses non pas banales mais qui font réellement parti du quotidien. En bref, un autre monde … certes qu’on a déjà entre-aperçu « à la télé », dans un reportage papier ou radio, mais cela fait tout drôle de comprendre que hormis le manque d’électricité, de ressources, d’argent, il n’y a pas souvent les moyens de subvenir aux soins (peu de médicaments mais surtout peu de docteurs et encore moins d’hôpital qui vaille le coup à moins de 700 km par ex.), ce qui interroge dans le cas d’une appendicite carabinée au fin fond de la forêt par exemple ;). Mais « c’est com’ ça » comme je l’ai entendu dire souvent, et parfois un sourire aux lèvres. On manque de tout. Et on fait avec. On se débrouille, on s’habitue, … même nous. Et tout ça marche, ça roule le plus souvent. Autant dire que les économies d’eau potable sont une réalité qui nous dépasse ici, que le fait d’avoir une paire de godasses prime souvent sur la marque des dites chaussures 😉  (message perso au passage aux ados qui peuplent mon entourage … hum).

Je m’étais volontairement jeté dans le périple comme une bouteille vide ne demandant qu’à être remplie, avec une certaine naïveté, sans pour autant ne pas être dupe, il s’entend. Ce que je retiendrai c’est que la rencontre avec l’autre prend forcement une autre saveur. J’ai l’impression que c’est un continent, une partie de l’Afrique où on vit des extrêmes: il y fait plus chaud, plus moite, les chauve-souris sont plus grosses, les moustiques plus nombreux, les nuits plus bruyantes, on fait toujours un peu gaffe où on pose les pieds en forêt, les fruits plus savoureux, les araignées plus grosses, les fourmis plus avides, les couleurs plus fortes, on offre volontiers le peu qu’on a à manger pour bien recevoir, etc., mais on pourra aussi voir plus de misère, plus de besoin, et les réactions plus vives aussi. Le rapport à la vie est … simple … dans un sens plus radical.

Que ceux qui me connaissent ne se trompent pas ! : je n’ai pas bouleversé ma façon de voir les choses … juste enrichi je crois. En tout cas, pour un gars qui part à la cueillette de tranches de vies pour construire un reportage sur les gens aussi, me voilà servi ! Et comme un cuisinier, maintenant que j’ai les bons ingrédients, le challenge est de ne pas en faire un plat indigeste ;). En attendant, le scanner surchauffe déjà à numériser les dessins en continu … la preuve :

femme et enfant brazza

Copyright A.DAN, Daniel ALEXANDRE

2 réflexions au sujet de « Mon « frère » d’un autre monde »

    1. Ca tombe bien: i’ y en a un ici ;). Plus sérieusement, ça vient … mais ‘faut me donner le temps, je suis dessus et c’est long. Jongler entre le fait de rentrer des sous et mettre presque une centaine de dessins au propre, faire, défaire, refaire, etc. il me faut du temps.

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